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Pyth — E3A 01
Published: 2005-03-02 20:08:35 +0000 UTC; Views: 196; Favourites: 0; Downloads: 7
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Description Nous nous promenions dans un coin perdu du Ciel, Khavakiah et moi. Nous préférions nous voir loin loin du paradis, de ses clichés et de tous ces anges affairés. Khavakiah et moi c’est la rencontre des grands esprits! C’est l’ange la plus fascinante que je connaisse - et Dieu sait que j’en connais! Je sais qu’elle - oui elle, elle se souvient de sa sexualité… - est morte de fatigue en soignant des enfants malades ou quelque chose du genre, il y a un peu plus d’un demi-siècle. Mais ce qui est si surprenant ce n’est pas ça - ça tout le monde s’en fiche, non? - non, c’est ce qui a résulté de sa façon de mourir : Khavakiah est capable de dormir! Cela peut paraître banal pour un humain mais un ange est un pur esprit. L’esprit n’a pas besoin de se reposer une fois libéré du corps. Nous autres anges ne dormons jamais. Khavakiah, si. Et non seulement elle peut le faire mais elle adore ça en plus. Ange de classe 1 comme moi elle aurait déjà gravit la moitié des échelons si elle n’avait pas ce péché mignon. Qu’elle trouve un coin de Ciel à son aise - immaculé, silencieux et loin de l’agitation du Paradis - et elle oubliera aussitôt toutes les missions qui auraient put lui être confiées. Elle va simplement s’allonger et piquer un somme. J’adore cette ange! Ce mépris des règles, cette nonchalance!
« Non Yeyael! Si tu veux te créer des ennuis, c’est ton problème. Mais ne me mêles pas à ça. »expliquait-elle avec ce calme habituel, brisant au passage presque tous mes espoirs de la convertir à ma noble cause. Presque.  J’avais déjà prévu ce refus. Khavakiah refuse toujours de se mêler de mes révolutions mais au final j’arrive toujours à la convaincre. Il suffit de trouver la bonne ouverture…
« Mais enfin Khav! Ce serait une révolution syndicale majeure! Tu ne veux pas que ton nom soit lié, non seulement au mien, mais aussi au doux mot de « congés »?
- Même s’il y avait la moindre chance que ton projet de congés aboutisse - ce qui est impossible nous le savons toi et moi - qu’est-ce ça changerait? Nous sommes immortels, tu t’en souviens non? A quoi cela nous avancerait? poursuivit-elle sans me quitter des yeux.
- Et bien… commençais-je
- Et ne me ressors pas ta rengaine sur le bien-être de tes… comment tu dis déjà? Ah oui de tes « frères de labeur » ! me coupa-t-elle mesquine en imitant - fort mal d’ailleurs - mon timbre de voix. Je sais bien que tu veux ce temps libre pour traîner sur Terre et observer les humains.
- D’accord! J’avoue! Je me fous bien de l’ange moyen. Je ne veux que le bien-être de moi… et mes proches. » Notez que je peux être honnête si on me pousse un peu.  
Son regard se fit soudain plus intéressé et elle ne m’interrompit pas.
« Qui sait ce que chacun pourrait faire de tout ce temps libre… »
Je l’avais captivé, je pris donc mon temps pour conclure:
« … comme dormir par exemple… »
Elle eut dès lors les yeux dans le vide et ce sourire béat qu’elle aborde dès qu’elle parle de ses rêves. Je tenais mon allié numéro 1. Mais le plus dur restait encore à faire : convaincre nos supérieurs de la nécessité de cette réforme géniale!

Après un rapide conciliabule, nous décidâmes Khavakiah et moi-même de nous rendre au Paradis, au centre de l’administration angélique pour être précis. Nous entrâmes donc dans l’immense et imposant bâtiment - qui osera dire que les anges sont matérialistes? - innocents et plein d’espoir. Nous fûmes rapidement repérés par l’ange chargé de l’accueil : nous étions des anges de classe 1 au cœur même de l’administration. Tout ange de basse classe doué d’un minimum d’instinct de survie évite avec soin ce secteur du Paradis.
« Bonjour. Puis-je vous aider? »
Son sourire diabolique en disait long sur ses intentions. Je coupais Khav qui allait, je le sentais, chercher à amadouer le cerbère.
« Nous voulons nous rendre au bureau du responsable des ressources angéliques. 
- Biensur. C’est le deuxième étage, troisième à droite, le premier bureau. »
Et il nous planta là et partit s’occuper de nouveaux arrivants. Nous échangeâmes un regard désarçonné Khav et moi. Tout cela s’annonçait trop bien… Ils - qui que soient ces ils - cherchaient à nous déstabiliser!
Et effectivement, il y avait un truc. Ou plutôt il n’y en avait pas : arrivés au deuxième étage nous dûmes nous résoudre tourner à gauche, le seul chemin possible. Après avoir erré pendant quelques minutes dans le couloir, je trouvai enfin le « point-renseignement » de l’étage. Un minuscule bureau dépourvu de fenêtre où siégeait un ange qui nous parut tout de suite très antipathique.
« Quoi? beugla-t-il alors que je passais la porte - les dimensions du cagibi empêchant Khav de se joindre à la conversation.
- Euh, hasardais-je, on cherche le bureau du…
- Z’avez le formulaire E652? » me coupa le grossier personnage.
J’hésitais une seconde. Était-ce une feinte? Un stratagème de l’ennemi pour nous égarer? Je tentais de détourner la conversation.
« Et sinon, vous ça va? »
Mais le fonctionnaire se révéla plus intelligent que je ne l’aurais pensé et déjoua ma subtile diversion.
« Z’avez le formulaire E652 ou vous l’avez pas? reprit-il.
- Euh… non. » me décidais-je à avouer. Grave erreur! Ne jamais avouer à un ange que vous êtes en position de faiblesse! Toujours faire preuve de mauvais foi même si celle-ci est flagrante!
Le cerbère ne m’accorda pas un regard lorsqu’il brisa mes espoirs d’obtenir la direction du dit bureau. Sans cœur!
« Alors vous pouvez pas accéder au bureau, faut le formulaire E652. »
Sans même me regarder il dut capter mon regard suppliant et plein d’innocence - comment ça je ne suis pas crédible? - car il reprit:
« Allez le chercher au sixième étage, bureau 865201. »
Puis le déjà petit intérêt qu’il me portait sembla se dissiper et me congédia en grognant :
« Bon si vous vouliez bien disposer. Je suis quelqu’un d’important et je n’ai pas toute la journée à vous accorder. »
Je sortais à reculons du cagibi, noble et fier décidant de ne pas m’abaisser à son niveau. Je me contentais donc de lui jeter quelques mots aimables avant de refermer la porte:
« Je pensais que les anges importants avaient le droit à, au moins, une fenêtre dans leur spacieux bureau… »

Puis je rejoignis Khav qui patientait dans le couloir. Lorsque je l’eut mise au courant elle laissa transparaître sa mauvaise humeur par un petit « s’ils n’étaient déjà morts, je leur conseillerais d’en finir au plus vite avec cette situation… une défenestration devrait suffire » avant de se diriger décidée vers les escaliers. Pour vous qui ne connaissez pas Khavakiah, elle vous paraît peut-être très calme. Ce n’était pas le cas. Pour qu’elle sorte ainsi de ses gonds, il fallait qu’elle soit drôlement remontée. Ce fut d’ailleurs pour cela qu’elle me surprit quand, arrivant au bureau 865201 du sixième étage, nous tombâmes nez à nez avec la copie conforme du cerbère numéro 1.
Elle discuta quelques instants avec lui, un sourire accroché aux lèvres et ressortit sans même claquer la porte. Sans m’adresser un regard - et encore moins un mot -, elle reprit les escaliers, direction le premier étage…
Nous parcourûmes ainsi les 18 étages de l’administration de haut en bas et de bas en haut, renvoyés d’un bureau à l’autre par des fonctionnaires plus bornés les uns que les autres. Je vis peu à peu le sourire de Khav se crisper, ses amabilités se faire moins sincères et ses sorties plus fracassantes! N’eurent été les regards meurtriers que lancèrent bientôt ses yeux, j’aurais bien mis un terme à notre quête. Il fallait bien reconnaître que nous tournions en rond depuis près de deux heures sans avoir seulement réussi à récupérer ce stupide formulaire E652. Je veux bien être coriace mais il y a des fois où s’acharner tient du ridicule. Je n’expliquais évidemment pas mon point de vue à Khav, je tenais à la tranquillité de ma mort.
Elle dut malgré tout percevoir mon désintérêt - sans doute au bruit de mes pieds traînant misérablement sur le sol. Elle se stoppa net sa course et fit demi-tour pour me faire face.
« Toi! Toi! Tu m’as convaincu de me lancer dans cette histoire alors tu m’aides à m’en tirer! Est-ce clair? »
Son ton impliquait assez clairement qu’elle n’attendait aucune réponse de ma part. Fuyant son regard inquisiteur, je me mis soudain à me passionner pour la décoration intérieur du couloir où nous nous étions arrêtés.  Il me sembla tout de suite étrange avec ses  murs immaculés et son haut plafond. Sur les plusieurs mètres que faisait le couloir, on ne pouvait apercevoir qu’une seule et unique porte, à ma droite - dont je vous épargnerais une longue, fastidieuse et totalement inintéressante description… -  Nous étions sans aucun doute arrivé dans le coin des hautes sphères.  Nous devions quitter au plus tôt cet endroit maudit! - on raconte que de jeunes anges s’y sont risqué et ne sont jamais revenus… - Mais lorsque j’ouvrais la bouche pour émettre l’hypothèse que nous prenions nos jambes à nos cous, Khav sembla doubler de volume sous l’effet de la colère.
« Ose dire un seul mot et je te jure que je t’arrache ce qui te sert d’esprit et je le jette au cœur même du Paradis! Ose dire un mot et je ferais en sorte que ta mort soit la plus misérable que l’on ait jamais vu! »
Je ne comprenais absolument pas la raison de sa montée de haine envers moi. C’est vrai quoi, je suis moi tout de même! Mais elle ne me laissa pas le temps de cogiter là-dessus, me hurlant les réponses à mes interrogations.
« Tu m’avais promis que je pourrais dormir alors je pourrais dormir! Est-ce clair? Alors tu as deux solutions mon cher, cher Yeyael, soit tu m’obtiens ces congés, soit tu me remplaces pendant mes missions! Me suis-je bien faite comprendre? Exécution! »
Et vous essayez de me faire croire qu’elle fut une sainte? Tortionnaire, oui! J’allais tenter de lui faire comprendre mon point de vue tout en diplomatie - oui j’aurais adoré m’occuper de ses missions mais malheureusement j’avais justement un autre truc de prévu … - lorsqu’un grondement sourd se fit entendre. Gagnant rapidement en force, il fit bientôt trembler les murs. Puis dans un bruit semblable au tonnerre, la porte du couloir s’ouvrit brusquement, libérant une intense lumière blanche qui nous aveugla Khav et moi pendant quelques secondes.
Lorsque nous retrouvâmes notre vision, nous tombâmes nez à nez avec… Dieu. Un Dieu plutôt remonté d’ailleurs.
« Khavakiah, Yeyael, soupira-t-il affligé, qu’est-ce que c’est encore cette fois? Cela risque de vous paraître étrange mais il y a des gens qui travaillent ici.»
Ne croyez pas que nous soyons si connu de la hiérarchie que ça, mais l’omniscience permet de flatter le petit personnel. Certains sous-fifres rampants semblent très émus que Dieu connaissent leurs noms. Heureux les simples d‘esprits comme on dit…
Et là, me poignardant dans le dos, Khav répondit, déformant totalement la réalité:
« Dieu! Vous tombez bien! Yeyael m’avais fait une promesse et il me peut la tenir! 
- Khav! Je t’ai rien promis! 
- Pardon? Oserais-tu insinuer que je suis sourde en plus d’être stupide? »
Nous recommençâmes, pendant quelques instants, à nous chamailler comme des enfants sous le regard complice de Dieu avant qu’il ne se décide finalement à intervenir.
« Vous ne pensez pas qu’il serait plus simple de m’exposer votre problème? »
Et oui, ne pensez pas que, parce qu’il peut tout savoir, Dieu sait tout. C’est d’ailleurs l’un des points les plus importants de la chartre de l’ange : « Nulle pensée ne sera être violée ». En clair nos pensées nous appartiennent.
Pourtant, la tentation dut être trop grande car avant que je n’ai put faire part de mon idée génialissime, Dieu laissa échapper un grand éclat de rire.
« Les congés! »
Et de repartir d’un autre éclat de rire. Puis, sans prévenir, il redevint sérieux - gardant toutefois l’ombre d’un sourire accroché au visage - nous toisant Khav et moi.
« Khavakiah, Yeyael, mes enfants, vous avez toujours eut une imagination débordante. Surtout toi Yeyael.»
Je jetais un rapide coup d’œil à Khav. Les choses s’annonçaient bien.
« C’est parfois une bonne chose. Mais il arrive que non. »
Je m’apprêtais à protester, à défendre corps et âme - surtout âme d’ailleurs - mon projet mais il me stoppa d’un geste.
« Ici je pense que nous nous trouvons dans le premier cas, non? »
Je lui aurais bien sauté au cou si je ne m’étais souvenu à temps de nos statut respectifs, ange de classe 1 et Dieu. Je me contentais donc de me jeter un regard je-t-avais-bien-dis-de-me-faire-confiance à Kahv.
« Mais, me renseignais-je, quand seront ils mis en place? »
Dieu me jeta ce regard qu’ont les génies - ou les dieux - pour les pauvres créatures que nous sommes.
« Mais depuis au moins 5 minutes mon petit. Je suis Dieu! Allez, sauvez-vous! Je ne veux plus d‘histoires avec vous avant au moins une semaine!» ajouta-t-il avec un sourire.
Après l’avoir une nouvelle fois remercié, nous sortîmes Khavakiah et moi-même du bâtiment de l’administration - en une seule étape cette fois-ci. Khav attendit que nous en soyons hors de vue pour « s’excuser »:
« Je ne regrette aucune de mes paroles, tu le sais bien. Mais … merci quand même! Tu te rends compte! Je vais pouvoir dormir! Et rêver! Et… »
Je lui souris mais n’écoutais plus ce qu’elle disait. Je ne pensais qu’à une chose: nous, anges de classe 1, avions mis à genoux la toute puissante administration angélique. Et vous voulez savoir? Ca fait un bien fou!
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