HOME | DD
Published: 2011-03-14 17:34:03 +0000 UTC; Views: 3061; Favourites: 0; Downloads: 16
Redirect to original
Description
Lorsque le repas fut fini, que les convives reposèrent leurs coupes de champomy, qu'ils eurent achevé la moindre miette de leur cochon de lait et, dans le cas de Sven, déboutonné leur veste pour faire davantage de place à leur estomac, Legolas donna le signal d'envoi pour l'ouverture des cadeaux. Johannes, étant le cadet de la tablée, fut chargé de distribuer les présents, tâche dont il s'acquitta avec plaisir puis, assis devant la cheminée, les sept amis ouvrirent leurs présents chacun à son tour.
Sven reçut de sa femme un bonnet, une écharpe et des gants neufs, noirs brodés de blanc et faits maison. Lars et Johannes s'étaient cotisés pour lui offrir une batterie de casseroles flambant-neuves que le cuisinier accepta avec joie, ayant longtemps désiré renouveler son équipement personnel sans avoir l'occasion de se rendre à Kiruna pour mettre son projet à exécution. Les jumeaux, n'ayant guère eut le temps de réfléchir au sens de leur cadeau, lui offrirent un couvert complet sculpté de leurs mains dans du bois de chêne, gravé à ses initiales et orné de motifs d'ours se changeant en hommes et vice versa… mais le cadeau que Sven apprécia le plus fut celui de Legolas. Ce dernier avait patiemment traduit, adapté et compulsé plus d'une centaine de recettes elfiques, naines et hobbites dans un épais grimoire qu'il avait relié de cuir brun. Les dernières pages étaient blanches, et la couverture embossée annonçait en lettres élégantes : 'Le goût des souvenirs'.
« Wow je… Merde, je me sens minable là, soupira Sven, à court de mot. Comment… comment t'as pu faire ça en si peu de temps ? Je croyais que t'avais fait les cadeaux en rentrant de ton pèlerinage ou je ne sais quoi !
-Je les ais emballés à ce moment là, oui, confirma Legolas, mais j'avais commencé la préparation bien avant.
-Mais on t'aurait posé des questions sur la façon dont tu avais eut ces recettes ! S'exclama Johannes qui lorgnait sans vergogne par-dessus l'épaule de Victoria pour apercevoir les pages entières couvertes de l'écriture du prince elfique. On se serait demandé comment tu pouvais connaître autant de trucs sur la cuisine d'une culture dont on ne connait plus grand-chose !
-Je crois qu'il avait l'intention de tout nous raconter quoiqu'il arrive, fit Lars sans quitter Legolas des yeux. Je me trompe ?
-Non, confirma le prince. Il y a plus de trois ans que j'y songe, maintenant. J'ai pris ma décision quand j'ai retrouvé la trace des jumeaux… je savais que quel que soit le résultat de mon voyage, je ne voulais pas vous cacher la vérité plus longtemps… je comptais me servir des cadeaux comme déclencheurs de la discussion autant que comme 'preuves' en quelque sorte. »
Il y eut un instant de silence, que Victoria mit à profit pour serre Legolas dans ses bras, les yeux brillants de larmes contenues, rapidement rejointe par Sven, Lars et Johannes. Legolas leur rendit leur étreinte sans hésiter, lui aussi très ému, et Elladan l'entendit distinctement renifler avec un pincement de jalousie à l'idée que ni lui, ni même Elrohir n'étaient parvenu à plonger Legolas dans un tel état de joie durant leur longue amitié.
« Bon, ça suffit, fit soudain ce dernier en repoussant ses amis, vous ne me ferez pas pleurer. Il se racla la gorge bruyamment et s'installa entre Elladan et Elrohir, ses jambes croisées en tailleur entrant en contact avec leurs cuisses. Allez Vic', à toi. »
Victoria ouvrit son premier présent, qui s'avéra être une aquarelle représentant une chambre d'enfant aux tons verts d'eau et jaune pâle, un minuscule berceau de grand-mère trônant au milieu, non loin d'une table à langer du même bois blanc et d'une étagère remplie de peluches et de jouets divers.
« Je ne sais pas si j'ai tout réussi, s'excusa le dernier des Beornings, j'ai pas osé prendre de note sur tes idées, au cas ou tu devinerais ce que j'avais en tête… mais si ça te va je commence les travaux dès le weekend prochmmmff… ! »
Sven cessa toute tentative de formuler une phrase cohérente lorsque sa femme l'embrassa avec passion, le projetant presque à terre par la force de l'impact. Elle finit par libérer ses lèvres, mais resta suspendue à son cou pour lui annoncer d'un ton solennel :
« Sven Bearhand, si tu n'étais pas déjà mon époux, je te demanderais en mariage ! C'est exactement comme ça que j'imaginais la chambre du bébé ! Bon sang, tu as même dessiné le doudou que je veux lui donner !
-Ben ça aurait été difficile de l'oublier celui-là… il a quand même participé à notre nuit de noce. »
Elrohir faillit s'étrangler avec ce qui restait de son champomy, et Johannes éclata d'un rire franc, vite rejoint par Legolas et le reste de leurs amis. La présence du vieux doudou de Victoria dans le lit des Bearhand pour leur première nuit de couple marié n'était pas un secret pour eux : bien que l'objet en question soit resté caché sous l'oreiller de Victoria jusqu'au petit matin, Sven n'en avait pas moins été choqué par sa découverte, au point de téléphoner aussitôt chez Legolas, réveillant ainsi ce qu'il pensait alors être trois hommes atteints de gueule de bois virulente pour leur annoncer la nouvelle. Il se rappelait si bien de cette anecdote que, lorsque Victoria avait annoncé vouloir léguer la peluche élimée à son enfant, Sven avait aussitôt répliqué qu'il était hors de question que son bébé reçoive un fétiche sexuel comme cadeau de naissance… il avait fallut toute la persuasion (bruyante) de Victoria pour le convaincre que la peluche n'était pas un sex toy, mais le seul lien que Victoria, née sous X, conservait encore avec sa mère. Elle n'avait, certes, jamais éprouvé le besoin de rechercher la femme qui l'avait abandonnée, mais n'ayant jamais été adoptée, elle tenait à ce que son fils ou sa fils puisse disposer du seul héritage qu'elle possédât. Elle s'était ensuite profusément excusée pour la présence du lapin rouge et blanc sous son oreiller, expliquant qu'elle avait l'habitude de l'y glisser lorsqu'un évènement important se profilait, et qu'elle n'avait pas songé à le retirer avant la nuit de noce.
L'histoire, cependant, était restée gravée dans la mémoire de leur petit quatuor et ressurgissait de temps à autre pour enflammer les visages de Sven et Victoria du rouge de la gêne. Les jumeaux, lorsqu'on leur eut expliqué l'origine de l'anecdote, n'hésitèrent pas à rire de bon cœur, et exigèrent qu'on leur désigne la peluche en question sur l'aquarelle, ce que Johannes, toujours prêt à taquiner ses camarades, fit sans se faire prier.
Victoria ouvrit ensuite son deuxième cadeau, une robe de grossesse rouge à fleurs blanches que Lars et Johannes l'avait vue admirer sur internet et qu'ils lui avaient commandé peu après. Elle les remercia chaleureusement, pétillante à l'idée de pouvoir être coquette même lorsque, selon ses dires, elle ressemblerait à un jeune baleineau. Elle découvrit avec plaisir le couvert de bois que les jumeaux avaient sculpté à son intention, certes maladroitement (après tout, ils n'étaient pas experts en ce domaine) mais avec soin, et qu'ils avaient orné d'oie bernaches. Enfin, elle se saisit de son dernier présent, une toute petite boite de bois gris sculptée de feuilles et de branchage, qu'elle ouvrit aussitôt. Posé sur un coussin de velours brun que quelqu'un avait ajouté à la boite, elle découvrit un pendentif apparemment fait d'or blanc orné de diamants, figurant une fleur blanche qui n'était pas sans rappeler la forme d'un perce-neige.
« C'est une fleur de symbelmynë, la fleur du souvenir éternel… on la trouvait autrefois sur les tombes des hommes… il en reste quelques bouquets, je crois, dans le nord-ouest de l'Inde. Mère destinait ce pendentif à Ainion… j'ai pensé qu'il serait juste que tu le conserve.
-Leg'… c'est ton héritage je… je peux pas….
-Je n'ai pas besoin de relique pour conserver le souvenir de ma mère et de mon frère, la rassura Legolas. Ils vivent tous les deux dans ma mémoire depuis leurs départs, et je n'ai que faire de métaux, si précieux soient-ils. Je crois que nanneth te l'aurait offert elle-même si elle l'avait pu. Il eut un sourire amusé et ajouta : et puis, je ne serais peut-être pas toujours en mesure de veiller sur ta lignée… disons que c'est ma façon de m'assurer qu'ils seront à l'abri du besoin.
-Avec un pendentif de la taille de mon pouce ? S'étonna Sven, qui rosit quand tous les regards se tournèrent vers lui. Non mais, sans vouloir t'offenser hein, mais même si on doit pouvoir en tirer un bon prix, ce n'est pas une maison non plus.
-Ca vaut plus cher que ça, à dire vrai, répondit doucement Legolas. La chaine est en mithril et les feuilles, qui semblent si ternes, sont faites d'ithildin, un métal que les hommes n'ont jamais su travailler. J'ai d'autres objets orné de ce métal, mais officiellement il n'en reste qu'un tout petit échantillon, qui est détenu par un particulier.
-Je me souviens de ça, confirma Johannes, on avait étudié le cas dans un cours sur l'offre et la demande… un bloc de pierre de la porte de la Moria, c'est ça ? Il y a moins de quinze grammes de métal sur la pierre, mais comme c'est une rune ils ont vendu le caillou pour presque trois milliards de dollars à l'époque… je me souviens que le prof nous avait dit que ça venait d'une inscription, mais je ne m'en souviens plus.
-Ennyn Durin Atan Moria : pedo mellon a minno, récita Legolas de mémoire. 'Les portes de Durin, Seigneur de la Moria. Parlez, ami, et entrez.' Elles ont bien faillit marquer la fin de notre périple, soupira-t-il.
-C'est vrai que tu les a vues quand elles étaient encore entières, murmura Lars avec une pointe d'émotion. Elles devaient être magnifiques.
-J'aimerais bien que tu nous racontes tout ça, un jour, ajouta Victoria. Ca serait bien de savoir comment tu as vécu avant de nous connaître.
-Le Livre Rouge te diras tout ce que tu as besoin de savoir sur cette époque, répondit Legolas, se rapprochant instinctivement d'Elladan. Je n'ai aucune envie de passer mon temps à relater cette histoire.
-Oh c'est pas juste, bouda Johannes, tu l'as bien racontée aux jumeaux, non ?
-Elladan et Elrohir ont souffert durant cette guère autant que moi-même. Ils y ont perdu bien des amis, presque des frères, ils se sont battus et ont parcouru la terre du milieu pour contribuer à son salut… je n'ai eut que très peu de chose à leur raconter parce qu'ils ont été des acteurs de cette histoire à part entière. Je n'ai rien à raconter que des histoires fort peu glorieuses de morts, de deuil et de violence pour les plus sombres, de rire et de jeux en famille pour les plus heureuses. Si tu tiens à connaître la légende des Neufs Marcheurs, tu devras te contenter du Livre Rouge, car il n'y a qu'entre ses pages que le Legolas infaillible qu'il décrit puisse exister. Il laissa le temps à ses amis de prendre conscience de ce fait, avant de se tourner vers Lars : à ton tour d'ouvrir tes cadeaux. »
L'aîné des frères Vatanen ne se fit pas prier, et ouvrit en premier le cadeau des jumeaux, un nouveau couvert orné de loups. Elladan lui expliqua que, si les loups avaient, à l'époque de la guerre de l'anneau, une vilaine manie de dévorer les gens, ils étaient aussi réputés pour leur solidarité, et la solidité de leurs liens familiaux, qui dépendaient souvent de leur chef… en bref, Lars ne devait pas se sentir vexé par l'emblème qu'on lui avait attribué, ce à quoi il répondit que ça ne le gênait pas, bien au contraire. Sven et Victoria lui avaient offert une blouse de laboratoire au dos brodé d'un caducée vert qui portait l'inscription 'j'ai survécu à la prépa médecine', et Johannes lui avait constitué un nécessaire de maquillage bariolé accompagné de trois perruques multicolores, plusieurs bombes de teintures temporaires pour cheveux et de nombreux accessoires pour décorer la monture de ses lunettes.
« Je suis en internat à l'hôpital de Kiruna, expliqua Lars en voyant les mines surprises des jumeaux, en service d'oncologie infantile.
-Les enfants qui ont le cancer, clarifia Legolas. Je vous ais expliqué de quoi il s'agissait.
-Ce sont des enfants qui passent la plus grosse partie de leur temps à l'hôpital, loin de leur famille, de leurs amis, de leur école… ça dure longtemps, c'est douloureux, bref c'est loin d'être joyeux… alors avec les autres internes, on a décidé de s'inspirer des associations du rire médecin… il s'interrompit, n'étant pas certain que les jumeaux comprendraient ce que désignait ce terme vous devez connaître l'idée, je pense… le principe c'est qu'on guérit mieux quand on est de bonne humeur, quand on est heureux, alors ces associations circulent entre les hôpitaux pour égayer un peu la vie des patients de long séjour. Le problème, justement, c'est qu'elles circulent, et Kiruna c'est loin d'être facile d'accès, alors elles ne viennent pas très souvent chez nous. Du coup, avec les copains de l'hôpital, on a mis en place un petit atelier théâtre avec les enfants : une fois par semaine on est un ou deux à leur faire répéter des petits sketches, et une fois par mois on donne un petit spectacle devant les autres patients… ça fait plusieurs mois que je dis qu'on devrait acheter plus de matériel histoire de pouvoir costumer un peu les enfants, faire quelques décors et tout le tintouin, mais on avait du mal à trouver ce qu'il nous fallait… ce cadeau c'est un don du ciel pour nous et pour les gosses, conclut-il en serrant son petit frère contre lui.
-J'étais sûr que ça te plairait, répondit Johannes en lui rendant son étreinte. »
Pour finir, Lars déballa le cadeau de Legolas, un arc simple, sans gravure mais d'une qualité indéniable, accompagné d'une demi-douzaine de flèches et de deux cordes de rechange. Lars l'observa longuement en silence, le tournant sous tous les angles pour en apprécier la facture et admirer le travail d'artisan.
« C'est toi qui l'a fait ? Interrogea-t-il, la gorge serrée.
-J'ai préféré me passer de fioriture, acquiesça Legolas, car il y a longtemps maintenant que je n'avais pas confectionné d'arc, et je désirais privilégier la fiabilité plutôt que l'esthétique.
-Wow… ça fait des années que je rêve d'essayer le tir à l'arc… jamais j'aurais pensé le faire sur un arc 'made in elf-land' !
-C'est vrai qu'il est cool, approuva Johannes, les yeux brillants, même si c'est un arc de fille.
-Une femme ne pourrait pas tendre cet arc, le détrompa Legolas, elle n'aurait pas la force nécessaire. J'aurais pu réduire la portée, mais comme Lars voulait s'essayer à la chasse à l'arc, j'ai opté pour une arme capable de faire mieux que de simples exercices de visée.
-Mais les arcs pour hommes ils ont pas deux bosses ?
-On appelle ça des arcs à double courbure, et non, ils ne sont pas spécialement faits pour les hommes. Simplement, un arc double est plus difficile à tendre, et apprendre à les manier demande davantage de travail… et puis ce sont les Huruk Hai qui s'en sont servis en premier, alors je n'aime pas trop les utiliser, ni les fabriquer. Ceci étant dit, on survit très bien avec un arc simple lorsqu'on sait s'en servir… j'utilise le même arc simple depuis des millénaires, et il ne m'a jamais fait faux bon.
-Celui de grand-mère, n'est-ce pas ? Interrogea Elrohir.
-Exact. Il m'est infiniment précieux. Legolas eut un sourire presque nostalgique et ajouta : je pourrais t'apprendre à utiliser celui-ci, si tu le veux, Lars.
-Avec plaisir. Il faudra qu'on organise ça quand on aura un peu plus de temps. »
Après cet échange, ce fut au tour de Johannes d'ouvrir ses présents. Il rit en découvrant son couvert de bois décoré d'écureuils et plaqua deux bises sonores sur les joues de chacun des jumeaux, les stupéfiant tous les deux. Il faillit se mettre à pleurer lorsqu'il découvrit l'album photos que Lars, Sven et Victoria lui avaient confectionné, rassemblant des souvenirs qui allaient de sa naissance au soir ou Legolas et les fils d'Elrond étaient arrivés à Dale.
Il insista pour que les jumeaux feuillettent avec lui cette biographie en image, racontant son histoire à mesure que les clichés défilaient, de son enfance heureuse à Kiruna, en passant par son adolescence insouciante, jusqu'au jour ou il avait annoncé à ses parents qu'il n'aimait pas les femmes. Il ne chercha ni à dissimuler, ni à exagérer sa détresse lorsque ces derniers l'avaient mis à la porte, non plus que le soulagement qui l'avait envahi lorsque 'Leig', qui n'était alors son patron que depuis un mois, l'avait ramassé à moitié mort de froid dans une rue déserte, ramené chez lui à Dale et avait exposé sa situation à Sven, avec qui Victoria venait d'emménager. Il raconta avec un rire ému les évènements du lendemain, ou Sven l'avait traîné de force jusqu'au domicile de ses géniteurs, l'avait aidé à rassembler ses affaires et tout l'argent qu'il conservait sous son matelas puis l'avait entraîné loin de la maison qui l'avait vu grandir en laissant au passage un nez brisé et une dent fendue à monsieur Vatanen senior.
Johannes raconta ensuite comment Lars, qui venait de finir son année d'université et qui revenait en internat à Kiruna, avait débarqué chez 'Leig' un beau matin avec armes et bagages, et avait annoncé qu'il ne comptait pas adresser la parole à ses parents tant que ces derniers ne s'étaient pas excusés pour leur comportement. Ils furent cinq à relater les mois qui suivirent : l'installation des frères Vatanen dans un appartement que Legolas leur louait pour presque rien, le mariage de Sven et Victoria, l'amitié et la routine qui s'installaient, l'emploi de Johannes qui arrangeait tous les partis… ses études en communication commerciale, aussi, ses camarades adorables, et ses notes irréprochables… et puis, les soirées, les séances de cinéma, les sorties, parfois les vacances de printemps ensemble, les cartes postales tous les étés, quand Legolas partait en vacances à San Francisco, jusqu'au jour ou 'Leig' avait brusquement révélé l'existence de ses étranges amis d'enfance, qu'il avait soi-disant crut morts et sur les traces desquels il désirait se lancer. Ils racontèrent deux ans de recherches d'un côté, de soutien de l'autre, le hurlement de joie lorsqu'une piste valable s'était enfin présentée, et le départ dès le lendemain pour ne revenir que trois mois plus tard, situation que les quatre humains n'avaient accepté que pour l'énergie folle d'espoir qu'ils avaient entrevue en Legolas avant qu'il ne parte.
« La suite, vous la connaissez, conclut Johannes avec émotion en traçant du doigt les contours de la dernière photo qui les représentait tous les sept, Legolas au centre, Johanne à sa gauche, un bras enserrant le sien, Elladan à droite, vaguement mal à l'aise par manque de familiarité, leurs deux mains s'effleurant sans se toucher tout à fait, et les autres protagonistes à leur place habituelle : Lars près de Johannes, Sven et Victoria enlacés sur le côté, et Elrohir jamais bien loin de son jumeau.
-Une question que je me pose depuis que nous sommes arrivés, fit Elrohir, pensif, est de savoir quel âge vous aves tous.
-T'as pas deviné ? S'étonna Victoria. J'aurais pas cru!
-Oh, je n'ai guère de mal à évaluer l'âge d'un des miens, mais vous les Edain vous changez si vite, je ne parviendrais jamais à m'y faire. Alors ? Quel âge ?
-Jo a vingt deux ans, répondit Lars avec amusement, c'est le bébé de la troupe.
-Tu sais ce qu'il te dit le bébé ? rétorqua Johannes en feignant d'être furieux Papy va !
-Bah si ton frère c'est un papy à vingt cinq ans, j'imagine pas le nom que tu vas donner à ces trois là, rétorqua Victoria en désignant les elfes du menton, faudrait les appeler les fossiles !
-Etre une femme ne te mets pas à l'abri d'un oreiller en pleine figure Vic', j'espère que tu en as conscience, répliqua Legolas en haussant un sourcil.
-Hey, mollo avec la femme enceinte ! Protesta la jeune femme.
-Tant qu'a faire ce serais bien d'éviter la bataille générale, si on peu, approuva Sven.
-Et vous, quel âge avez-vous ? Interrogea Elladan, curieux.
-Ah c'est lui le vrai pépé, répondit Lars avec un sourire en coin. Môssieur approche la trentaine.
-Ouais enfin, j'ai encore deux ans quand même ! Protesta le 'pépé' en question, me foutez pas dans la tombe tout de suite s'il vous plaît.
-C'est une différence d'âge importante, pour un Edain, deux ans ?
-Ca dépend des âges, expliqua Sven. Entre deux enfants c'est énorme, et pour la plupart des gens ça reste encore relativement important à nos âges, mais comme Vic' a été élevée par les services sociaux elle a mûrit plus vite, du coup on sent pas tellement la différence… et quand on la sent, souvent c'est elle qui se montre plus sage que moi.
-Ah oui mais ça c'est seulement parce que tu es un garçon et que les filles….
-DITES ! interrompit Johannes, trépignant, c'est pas que je m'ennuie, mais j'aimerais bien voir ce que Leg' m'a offert, moi !
-Eh, je te signale que c'est ta faute si ça fait deux heures qu'on bavasse sur les photos ! Rétorqua Sven en riant, regarde c'que t'as fait, il est bientôt trois heures du mat' ! »
Johannes eut la courtoisie de rosir à cette remarque, ce qui ne l'empêcha pas de se précipiter avidement sur le paquet allongé que Legolas avait disposé à son intention sous le sapin. Il arracha le papier avec dextérité pour découvrir un long étui de bois orné de complexes entrelacs de feuilles et de branchages dans divers tons de vert et de brun, un élégant cartouche se découpant sur le couvercle et portant son nom en lettres dorées. Il n'eut pas besoin d'ouvrir l'étui pour savoir qu'il était vide, et ce fut un regard embué de larmes qu'il tourna vers Legolas pour le remercier.
« Tu étais si malheureux d'avoir brisé celui de ton grand-père, je me suis dis qu'au moins celui-ci protégerais sa flûte… je sais que tu adores cet instrument et les souvenirs qui s'y rattachent.
-Oh, Leg'… il faut que tu saches… le père de maman c'était… Johannes prit une profonde inspiration puis souffla : c'était un nazi.
-Je sais, répondit Legolas sans sourciller. Je l'ai reconnu quand tu m'as montré sa photo. Mais ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait en sa mémoire, je l'ai fait par respect pour l'amour que toi tu lui portais.
-Tu es sûr ? Demanda doucement Lars. Pas que j'ai spécialement envie que tu nous en veuilles ou quoi que ce soit du genre, mais si tu as un problème avec ça j'aime autant le savoir tout de suite.
-J'ai appris depuis longtemps que les choses ne sont jamais toutes blanches ou noires, Lars. J'en voudrais toute ma vie aux nazis, plus que tu ne pourras jamais l'imaginer… encore aujourd'hui, j'évite autant que possible de parler allemand, et je continue de frissonner quand je passe devant certains bâtiments berlinois, mais je sais aussi que la plupart des officiers de la SS étaient sans doute de bons maris, des fils respectueux et des pères de famille adorables… Je peux leur en vouloir à eux de ce qu'ils ont fait, mais pas à leurs familles de les avoir aimés. »
Johannes acquiesça, refoulant ses larmes à grand peine, et étreignit Legolas un long moment avant de le relâcher, muet d'émotion. Ce fut Victoria qui brisa le silence lorsqu'elle se redressa pour aller chercher un paquet très plat, qu'elle tendit à Elladan.
« Allez allez, fit-elle d'un ton ferme, à votre tour ! Si on laisse faire ces deux la dans deux minutes on sera tous en train de chialer comme des madeleines ! C'est pour vous deux, conclut-elle, vu qu'on savait pas trop quoi vous offrir. »
Elrohir se chargea de déballer le cadeau, qui renfermait un agrandissement de la toute première photographie de leurs longues existences, celle qui clôturait l'album photo de Johannes. Les quatre humains l'avaient signé et daté et, entre leurs têtes et le cadre, Victoria avait inscrit au stylo blanc 'Bienvenue parmi nous'. Les fils d'Elrond eurent un silence, touchés par un accueil si spontanément chaleureux qui leur rappelait des sensations depuis longtemps oubliées.
« Les Edain sont des créatures étonnantes, n'est-ce pas ? S'amusa Legolas. Et ceux-ci comptent parmi les meilleurs de tous.
-Flatteur va ! Gronda affectueusement Victoria. Et toi alors, tu leur offres quoi?
-Ah, pour ce qui me concerne, je n'ai pas eut à chercher bien loin, avoua le prince. Il m'a suffit de parcourir la salle des trésors.
-T'as une salle des trésors ? S'exclama Johannes, abasourdi.
-Et une salle des souvenirs aussi, confirma Legolas. Je vous montrerais ou elle est avant de rentrer, vous pourrez venir la visiter pendant que je serais parti. En attendant… il se saisit de l'un des derniers paquets, qu'il tendit aux jumeaux avec un sourire Père et moi avions évoqué l'idée de vous les offrir avant que je ne parte… étant donné qu'il n'a jamais formulé d'opposition formelle, j'ai pris la liberté de me passer de son accord officiel. »
Cette fois, ce fut Elladan qui se chargea d'ôter l'emballage du cadeau. Il découvrit un nouvel étui, de dimensions plus importantes et de loin que celui de Johannes, bien plus ouvragé et orné d'entrelacs d'or blanc et de mithril, des feuilles plus délicates que nature parcourant le bois de leurs nervures que ne troublait aucune rune. Ils en soulevèrent le couvercle pour découvrir deux sabres de facture tout aussi royale que leur écrin, aux gardes vermeilles filetées d'or et aux lames encore capable de sectionner un cheveu d'un simple mouvement du poignet.
« Les sabres jumeaux d'Oropher, souffla Elladan, Legolas vous n'auriez pas dû !
-Pourquoi pas ? Vous être les meilleurs escrimeurs que je connaisse, exception faite de Glorfindel et de mon père… je suis certain que mon grand-père eut approuvé ce choix. »
Les jumeaux sourirent, admirant sans réserve les armes prestigieuses qu'on venait de leur confier, Elladan allant même jusqu'à se redresser pour effectuer quelques rapides passes d'armes, jusqu'à ce que son frère ne le rappelle à l'ordre.
« Nous aurons tout le temps de nous exercer au maniement de ces sabres plus tard, fit-il amusé, mais pour l'heure il est temps de laisser Legolas découvrir ses présents. »
Le prince sourit, amusé et heureux de l'effet de son présent sur les jumeaux, puis saisit le premier paquet. Sven et Victoria avaient offert une impression de taille affiche représentant un paysage ensoleillé ou s'étalaient de hautes cascades d'un bleu limpides, encadrées au premier plan par des arbres aux tons bleutés qui, perchés sur un petit belvédère, procuraient une ombre rafraichissante à un personnage encapuchonné de brun. Legolas eut une sourire ému, les yeux brillants, et promit de l'accrocher au mur de sa chambre à coucher… enfin, celle de sa maison, quoi. De Lars et Johannes, il reçut un élégant sabre japonais, qu'il promit d'utiliser pour une démonstration d'escrime avec les jumeaux sitôt que l'occasion s'en présenterait.
« Encore qu'une défaite à l'escrime serait-un terme plus juste pour désigner ce qui se passera, fit Legolas avec une moue fataliste, je suis loin d'être aussi bon sabreur que les jumeaux.
-Légère défection que vous compensez par une maitrise de l'arc et des dagues à ce jour encore inégalée, rappela Elladan. Même Glorfindel ne parvenait plus à vous vaincre bien avant que ne débute votre quête en compagnie de Frodon. »
Legolas se racla la gorge mais ne répondit pas, préférant détourner le regard vers ce que les jumeaux lui avaient offert. C'était Elladan qui, se rappelant des quelques vitrines de bijoutiers qu'ils avaient aperçues à Stockholm, avait eut l'idée du cadeau. Ils avaient préféré confier sa confection à une personne plus qualifiée qu'eux, aussi Legolas découvrit-il un pendentif, non en bois mais en métal. Suspendus à un cordon de cuir noir, les trois plaques étaient découpées de sorte qu'elles pouvaient se porter ensemble ou séparées, et chacune portait une unique rune : au centre le premier caractère composant le prénom de Legolas et, sur les côtés, les initiales elfiques des jumeaux. Legolas accrocha le collier à son cou sans dire un mot, mais son regard brillant et le léger tremblement de ses mains lorsqu'il les posa sur les avant-bras des jumeaux en disaient plus long que n'importe quel discours.
« Ah, et y'a ça qu'est arrivé le mois dernier, aussi ! S'exclama Victoria en sortant un colis de la taille d'un étui à lunette de son sac à main, oublié près de sa chaise j'ai faillit oublier de te le donner alors qu'on meurt d'envie de savoir pourquoi c'est adressé à Leland Green !
-Oui enfin, maintenant on s'en doute un peu, amenda Sven, m'enfin quand même, à ce stade je trouve qu'une lecture intégrale du courrier serait un minimum ! »
Legolas lui lança un regard amusé, mais ne répondit pas à sa demande, préférant déballer le colis en évitant soigneusement de déchirer le timbre, qui représentait l'affiche la plus célèbre de la campagne du président Obama. Il y découvrit un second paquet, qui semblait bien être un étui à lunettes, ainsi qu'une courte missive décorée de fleurs de lotus, qu'il s'empressa de décacheter et de parcourir en silence :
« Hi sweetheart, disait-elle, hope u liked the stamp ! Here's a lil' somethin' you could use… hope you'll like'em, they're home fashioned. Xxx, R. »
Curieux, Legolas abandonna le papier et défit l'emballage du second paquet, qui révéla une simple plaque de bois fendue en deux endroits, sur laquelle on avait monté deux cordons de cuir et pyrogravé deux fleurs de Lotus. Sur l'envers, la même écriture ronde que celle du mot précédent avec inscrit « Guess who's gonna spend summer in north pole ? » et Legolas éclata de rire en découvrant l'inscription.
« Woah, s'exclama Johannes, qui avait profité de l'inattention générale pour subtiliser la note, trois 'kisses' quand même ! T'as des groupies ma parole !
-Ah nan ! Protesta Victoria en feignant l'indignation, je suis la seule à groupiser sur Leg' moi! Pis d'abord c'est qui 'R' ? Hein ?
-Disons, fit Legolas avec mystère, que c'est la personne la plus proche de Manwë que j'ai jamais rencontrée. »
Et, malgré les questions pressantes des jumeaux et de ses quatre amis, Legolas refusa catégoriquement d'en dire davantage.
Related content
Comments: 6
TerresDeBrume In reply to Orelinde25 [2011-03-25 12:45:08 +0000 UTC]
Oh, j'en suis flattée
Oui, ça va, merci
Une amie m'a fait découvrir Glee et Merlin et je suis tombée dedans la tête la première, du coup j'ai passé assez peu de temps sur le chapitre 21, alors que je devais le retravailler^^'
Et toi, comment ça va?
👍: 0 ⏩: 1
Orelinde25 In reply to TerresDeBrume [2011-03-25 17:05:51 +0000 UTC]
hihi, moi, je suis avec "Pushing Daisies", si romantique...! À l'air d'Amélie, si tu as aimé le film, je te la suggère!
Et ben, donc, je te pardonne! On attend!
Ça va aussi, merci! À la cuisine, avec des expériences pâtissières de pas très bons résultats. (je crois qu'ici mon français est un peu mélangé :S)
👍: 0 ⏩: 1
TerresDeBrume In reply to Orelinde25 [2011-04-09 15:07:45 +0000 UTC]
Ah, je ne connais pas Pushing Daisies, un jour j'essaierais peut-être de regarder x)
Et ne t'en fais pas pour tes erreurs de Français, ça arrive à tout le monde (et puis c'est une langue compliquées, aussi ><)
👍: 0 ⏩: 0








