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Pyth — Tout simplement
Published: 2005-02-23 18:47:48 +0000 UTC; Views: 194; Favourites: 2; Downloads: 6
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Description Un pas, puis l’autre. Le vent qui joue dans l’herbe chatouille mes pieds nus. Mais je ne m’arrête pas, rien ne peut m’arrêter. J’entend les vagues venir lécher la falaise. Tout en bas.  Un pas, puis l’autre. Et je viendrais te rejoindre. Te rejoindre alors que nous n’aurions jamais du nous quitter. Mais te souviens-tu de notre rencontre? Les anges, où qu’ils soient, se souviennent-ils?

Le train était immense et moi si petite. Je devais partir, les laisser tranquille. Témoin que j’étais de leurs mensonges, de leurs histoires d’adultes. D’adultère devais-je apprendre plus tard. Ce que je savais alors, c’était qu’ils m’avaient abandonnée. Tous. Et je pleurais, sans me soucier des autres voyageurs. Ca explique sans doute pourquoi je ne te remarquais pas. Pas avant que tu ne m’attrapa la main, m’obligeant à relever  la tête. A travers mes larmes j’aperçus alors ton visage. Celui d’un petit garçon aux cheveux blonds qui me fixait de ses yeux si bleus.
« Pourquoi es-tu si triste? » Voilà les premiers mots que tu me dis. Ceux qui suivirent s’effacent peu à peu de ma mémoire. Tu parlais et tes paroles essuyaient mes larmes, guérissaient mes blessures.

Je crois que c’est là que nous sommes devenus si proches, pas toi? Les autres ne nous ont jamais compris. Leurs allusions salaces me laissaient froide. Nous étions si bien ensemble. Quand tu étais près de moi rien d’autre ne comptait que tes grands yeux azurs. Nos cœurs battaient à l’unisson. Nous n’étions qu’un. Te souviens-tu au moins de cela?  Te souviens-tu de ces journées, de ces nuits?  Tu étais celui qui donnais un sens à ma vie. Tu étais …

Mais tu n’es plus. Alors je m’en vais te retrouver. Un pas, puis l’autre. La légère brise d’été fait voltiger mes longs cheveux noirs. J’y passe une main tremblante. Que disais-tu sur mes cheveux? Ah si! Que pour en faire ressortir le noir corbeau je devrais me vêtir de rouge. Pourquoi ai-je attendu que tu ne sois plus là pour t’écouter?

Car j’étais en rouge ce jour là. Une tache de sang dans un paysage de noir et de blanc. Tous ces regards braqués sur moi. Certains choqués, d’autres simplement compatissants. Mais je ne les voyais pas, ni les uns ni les autres. Je ne voyais que toi. Je m’étais avancé jusqu’à toi. Tu semblais si calme, si paisible. Si peu conforme à mes souvenirs. Tes paupières baissées m’empêchèrent de plonger une dernière fois dans tes yeux bleus. Ils avaient coiffé tes cheveux blonds. J’aurais voulu les ébouriffer encore une fois. Une dernière fois. Mais je n’en fis rien. Au lieu de ça, je j’effleurais simplement, du bout des doigts, tes joues froides. Puis je quittai l’église, sans ralentir. Je ne voulais pas entendre leurs sermons sur le monde merveilleux que tu aurais rejoins. Si tu l’avais réellement rejoint, c’était sans moi. Je marchai, laissant pas à pas la ville derrière moi.

Et me voici, tout de rouge vêtue, debout sur cette falaise. Un pas, puis l’autre. Je ne peux même plus pleurer. Mon cœur s’est asséché. Comment aurait-il put en être autrement? Tous ces choses que nous n’avons pas put nous dire…
Des cloches carillonnent au loin. Mais je n’écoute que l’écho des vagues qui s’écrasent en bas. Ce son presque hypnotique me fait fermer les yeux. Une seconde à peine. Un bruit de pas vient soudain briser cette harmonie.
Quelqu’un arrive. Peu importe qui il est. Il n’est pas toi. Je ne lui accorde pas un regard. Mais lui me fixe des yeux. Je le sais, je sens son regard. Un pas, puis l’autre. C’est toi qu’il me faut. Toi et toi seul. Il s’approche, j’entend ses pas derrière moi. Loin, à des lieux et des lieux. Il me tend la main. Je l’ignore. Un pas, puis l’autre. Enfin j’arrive au bord. Où que tu sois, je viens te rejoindre. Mon cœur bondit mais ce n’est pas de la peur. Juste une attente enfin récompensée. Un dernier pas…

« Pourquoi es-tu si triste? » Ces mots! Pourquoi a-t’il fallut qu’il dise ces mots là? Je me retourne et le regarde. Il n’est pas toi mais dans ses yeux c’est la même soif de vivre qui brille. Alors d’un pas puis l’autre je m’éloigne de ce destin que je m’étais choisi. Dédaignant sa main toujours tendue, je me jette dans ses bras. Et je m’accroche à son cou comme à ma seule chance de survie. Un instant hésitant il finit par me serrer contre lui. Je respire. Soudain quelque chose me frôle la joue. Je tend la main. Une plume, tombée d’on ne sait où, s’est posée sur mon visage. Je te reconnais bien là. Je tente de la saisir mais un souffle de vent l’emporte. Je la suis des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Je finis par m’écarter de lui. Il me sourit, je lui souris. Il me prends la main et m’éloigne de la falaise, m’éloigne de toi. Et je me laisse faire.

Je ne t’oublierais pas. Je ne te trahirais pas. Je vais vivre. Tout simplement.
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Comments: 2

mirupants [2005-03-01 21:14:12 +0000 UTC]

C'est... comment dire... Magnifique.

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Pyth In reply to mirupants [2005-03-02 08:02:55 +0000 UTC]

Merci beaucoup!!!

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